samedi 5 septembre 2009

Eloge de l’insulte, y avez-vous pensé ?

Pour le professeur de psychologie Stephens de l’université britannique de Keele, une partie du cortex cérébral contrôle et inhibe l’emploi des expressions violentes, facteur de sociabilité ; mais, dans certaines circonstances, quand nous sommes soumis à un choc physique ou psychologique, ce verrou de la bienséance verbale saute et notre agression instinctive prend le dessus provoquant une transgression qui libère les jurons et injures... pour faire baisser l’émotion, voire la douleur, dit-il en substance. Il y a donc une boucle de régulation, on pourrait même dire un « système de gestion des violences verbales » qui est l’une des composantes de notre cerveau – à côté de sa composante reptilienne qui ignore totalement ce genre d’inhibition... et la vie en société.

S’interdire toute expression verbale violente, ce serait donc s’opposer au fonctionnement naturel de ce système au prix d’une réelle souffrance morale, si l’on suit le professeur Stephens jusque dans ses conclusions. Il faut donc beaucoup aimer son prochain pour s’imposer un tel sacrifice, d’autant que ce dernier n’en a pas conscience et n’exprime aucune marque de gratitude pour cette courtoisie forcée. Comme ce blocage s’applique généralement lorsqu’il y a plutôt antipathie que sympathie entre les personnes, on peut considérer que cette attitude de blocage voulu, fruit d’exercices spirituels et d’ascèses répétés, peut aller jusqu’à la sainteté. Ce qui n’est pas une mince affaire, car la sainteté ce n’est pas de tout repos !

Pour les gens ordinaires qui veulent vivre sans s’imposer des exercices de spiritualité aussi douloureux, le recours aux jurons et à l’injure semble donc être une nécessité biologique. On sait bien que ces mots ne sont que des mots, mais quel plaisir n’a-t-on pas à les lancer à la tête de l’autre ! Qui n’en a pas fait l’expérience ? Et peu importe les raisons, l’important c’est d’évacuer ! Traiter l’automobiliste gênant – au demeurant le meilleur des hommes - de « fils de pute » provoque toujours une grande joie intérieure, un apaisement chez l’Espagnol.

La langue française dispose d’un mot magique dont la conjugaison permet d’exprimer toutes les nuances de l’agression verbale : « con ». Il faut l’utiliser avec un certain discernement : « sale con » n’a pas la même portée que « petit con » ; « con perdu », « pauvre con » (« riche con » ne se dit pas malgré la crise financière – curieux), ou « vieux con », c’est autre chose. Le mettre au féminin ouvre un champ immense : « petite conne », « sale conne », « grosse conne », « connasse » - dont le masculin est plus fort (il vaut mieux être une connasse qu’un connard, me semble-t-il). Vaste sujet de discussion – qui peut se terminer par des injures autrement plus consistantes comme « tête de merde » ou « enculé », par exemple.

Et il y en a d’autres ! En fait on trouve pour chaque situation une réponse appropriée : l’injure s’est multipliée de façon à répondre à la grande variabilité psychique. Exemple remarquable d’adaptation du langage. Il est inutile de multiplier les exemples, l’objet de cette courte note n’étant que de mettre en lumière leur utilité sociale et individuelle.

Certains seront contre un tel retour de l’insulte et du juron, pour diverses raisons (plus ou moins valables) : vulgarité, mauvais exemple pour la jeunesse (ceux-là n’ont jamais entendu des ados parler entre eux), abandon de la langue de bois sociale, pas de vie en société possible, mépris de l’autre, agressivité, etc. Admettons. L’argument le plus solide consiste à dire que l’injure précède toujours les coups – et ça c’est défendu, on est bien d’accord sur ce point. Mais on peut retourner l’argument en disant que le recours à l’injure évite justement d’en venir aux mains et aux coups, de monter aux extrêmes ! L’injure c’est encore de la diplomatie, pas la guerre... Alors oui, faisons un toilettage de nos lois pour que l’injure retrouve toute sa place dans les échanges, et notamment en politique pour supprimer les coups fourrés ; en économie les coups montés ; en sport les mauvais coups du sort !

Ne vaut-il pas mieux réfléchir avant de parler ? une langue de vipère peut se retrouver écrasée, à savoir, il y a autre chose en répondant que la bouche..tout le monde n’a pas ses poings dans sa poche…

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