Le parti fallacieusement intitulé “socialiste” vient de découvrir les vertus des “primaires ouvertes”, avec le même enthousiasme que la mère Denis qui aurait découvert l’eau tiède (mais qui aurait oublié la lessive). Il s’est empressé de faire part de sa découverte à tous les prétendus journalistes du PPA, qui du coup ne parlent plus que de ça, comme si cela pouvait présenter le plus petit début d’intérêt.
Obama est sorti vainqueur de primaires ! En voilà un argument ! Car au P”S”, ils auront peut-être leurs primaires, mais ils ont oublié de commander leur Obama !
Le “hasard” fait que ces fadaises coïncident avec le tintouin de la sauterie du P”S” à la Rochelle, ce qui va décupler la caisse de résonance. Enfin, pour une fois qu’on parle d’eux autrement que pour relater leurs engueulades… Viendraient-ils également de découvrir la communication ?
Il se trouve que ce week-end se tient également, dans un probable anonymat, une rencontre baptisée “remue méninges”, d’un autre petit parti qui monte qui monte, et qui pourrait fort bien jouer un rôle grandissant à l’avenir. Il faut dire qu’il s’est constitué autour de personnalités qui ont quitté le P”S” à grand fracas, écœurées de sa dérive droitière, des sempiternelles querelles minables qui tiennent lieu de programme, de l’abdication de toute révolte, et de ses trahisons à répétition des valeurs de la Gauche.
On connaît bien sûr le talentueux sénateur ronchonneur Mélenchon, qui n’a pas mâché ses mots vendredi sur France Inter, si vous avez une demi-heure devant vous je vous conseille d’écouter.
Au Parti de Gauche, il y a quelques têtes plus ou moins connues comme le député Marc Dolez ou l’économiste Jacques Généreux. Mais il y aussi d’autres personnalités plus anonymes, mais dont l’engagement et les idées clairement ancrées à gauche ne pouvaient certes plus se satisfaire du parasarkozysme prôné par le P”S”.
C’est sur le blog de l’une d’entre elles, Corinne Morel Darleux, que j’ai trouvé une perle, qui m’avait échappé. Accrochez vos ceintures, c’est du très lourd, et c’est signé Daniel Cohn Bendit, lors de l”université d’été” d’Europe Ecologie à Avignon.
« Vous voulez avoir une majorité, oui ou merde ? S’il faut ajouter le Modem, on ajoute le Modem. Si vous voulez une majorité, il faut aller chercher les gens où ils sont, et non pas là où vous êtes ! »
Afin que personne ne passe à côté de cette fulgurance, je tente une traduction en “français de la rue” : “kestananafoutt des zidées, hein, du moment kté élu ?”
Veuillez m’excuser, je sors un mouchoir pour essuyer furtivement une larme tant c’est beau ! En trois phrases, il vient d’expliquer la politique française “moderne”. La danse du scalp de tous les antisarkozystes (c’est à dire tous ceux qui sont opposés aux outrances comportementales de sa personnalité, mais qui sont globalement d’accord avec 90% de sa politique), des Verts au Modem, autour du totem du Pouvoir.
La politique pour ce mec-là, c’est de dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre. Faire la girouette ou le caméléon. L’époque sent l’insurrection ? Allons balancer des pavés sur les CRS ! L’époque est à la libération des mœurs ? Qu’à cela ne tienne, dissertons doctement des vertus de la sexualité enfantine en tirant sur son trois feuilles pollénisé ! L’époque est au thatchéro-reaganisme ? Faisons l’éloge du libéralisme, c’est quand même le seul système économique qui vaille ! L’époque se pique d’écologie ? Qu’à cela ne tienne, redevenons écologiste… “il faut aller chercher les gens où ils sont, pas où vous êtes !”. Grandiose !
Il y a une vingtaine d’années, un politicien de droite, Michel Noir, qui comme la suite l’a hélas montré, n’était grand que par la taille, avait pourtant eu un petit succès en affirmant qu’il valait mieux “perdre les élections que perdre son âme”. Quel ringard !
Naïf comme je suis, je croyais aussi que l’Histoire retenait surtout les résistants, ceux qui se sont battus pour imposer leurs idées. Tiens, trois exemples parmi les politiciens contemporains : Simone Veil, qui a imposé la légalisation de l’avortement contre l’opinion publique drogué à la religion… Ou Robert Badinter, qui a obtenu la suppression de la peine de mort contre la foule hostile… Ou même Dominique de Villepin, qui s’est opposé avec panache à la guerre scandaleuse des Américains.
À votre avis, qui restera dans les livres d’histoire ? Veil ? Badinter ? Villepin ? Ou alors Xavier Bertrand ? Luc Chatel ? Laurent Wauquiez ? Manuel Valls ? Pierre Moscovici ? Les défenseurs d’idées fortes ou les petits boutiquiers du libéralisme ?
J’ai la fâcheuse impression ces derniers temps que ces Cohn Bendit, ces primaires, ces De Sarnez, ces Hue, ces Aubry, ces Royal, ces Montebourg, ces Terra Nova; tout ça nous fait glisser vers les bas-fonds, vers le degré zéro de la politique.
Encore une raison de plus pour s’intéresser aux quelques courageux qui refusent de tremper dans ces combines minables et planchent sur l’avenir !
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