Avec Zéro faute, le journaliste et écrivain François de Closets livre sa vision décomplexée de l’orthographe.
Avec cet ouvrage, vous révélez une véritable souffrance vis-à-vis de l’orthographe. Pourquoi cet aveu maintenant ?
Fini les complexes. A mon âge, je me sens enfin libre vis-à-vis de l’orthographe. Il faut savoir qu’il reste deux tabous en France : la masturbation et les fautes d'orthographe. Avouer que l’on fait des fautes d’orthographe est difficile, presque impossible, dans une société qui a sacralisé cette discipline.
Pourquoi ?
Car c'est un culte démocratique. Le français a favorisé la cohésion de toute une nation. L’orthographe a permis à un peuple d’illettrés de devenir un peuple de scribes. C’est pour ça qu’il est si difficile, dans ce pays où l’orthographe est l’une des plus compliquées du monde, de mener une réforme qui serait nécessaire. Et c’est aussi cette même orthographe baroque et impraticable qu’on a érigée en critère de sélection sociale et scolaire depuis près de deux siècles.
Pourtant, on assiste aujourd’hui à une évolution…
Effectivement, avec l’avènement des nouvelles technologies, de nouvelles formes d’écriture, comme les SMS, sont apparues. Nous sommes en pleine évolution de la langue écrite. Et on ne peut qu’espérer que la nouvelle génération ne conservera pas cette vision sacrilège de l’orthographe. Aussi, si l'on n'utilise pas ce changement de façon intelligente, les prochaines générations ne sauront plus écrire sans les correcteurs orthographiques. Il ne faut pas que ces outils deviennent des prothèses pour les handicapés du français. L’usage déplorable que nous faisons des progrès technologiques réduit nos capacités au lieu de les enrichir.
Que préconisez-vous ?
Apprenons aux enfants à dactylographier et à utiliser avec discernement les correcteurs électroniques et cessons de jeter l’opprobre sur celui qui fait des "erreurs" d’orthographe. Il n’y a pas de fautes d’orthographe, mais des fautes de français !
Est-ce à dire que vous contestez les méthodes d’enseignement ?
Dans la mesure où on a voulu conserver cette orthographe de scribe, il n’y a pas d’autre solution qu’une pédagogie nominative, répétitive, passive. Ce n’est qu’en rabâchant que l’on apprend qu’apparaître prend deux "p" et qu’apercevoir n’en prend qu’un. Toutefois, cette pédagogie répétitive du XIXe siècle n’est plus dans l’air du temps. Arrêtons de faire la dictée de nos aînés alors que nos enfants ont un autre savoir. On est passé d’une société de l’écrit à une société de l’image qui n’exclut pas l’écrit. Et avec l’évolution des programmes de plus en plus chargés, qui ne consacrent que quelques heures à l’enseignement de l’orthographe, on doit impérativement se tourner vers une autre pédagogie.
C’est-à-dire ?
L’apprentissage du français écrit, fruit d’un consensus historique, est difficile. Il demande de gros efforts car l’orthographe est illogique. Sa maîtrise repose essentiellement sur une capacité mentale : la mémoire photographique. Certains l’ont, d’autres pas. Ainsi, Jean-Paul Sartre ou encore Einstein ne l’avaient pas. Je dis donc aux enfants : "soignez l’orthographe". Et si on s’y prend intelligemment, on peut sortir de l’insécurité orthographique et retrouver le bonheur de l’écriture. Je sacralise le français, pas l'orthographe.
Après son passage sur France2 .
Zéro faute, François de Closets, Mille et une nuits, 319 pages, 20,90 €
j’en arrive à me demander si François de Closets vit bien en France en 2009. Il parle de gens montrés du doigt parce qu’ils ont une mauvaise orthographe, dans les entreprises ou ailleurs. Aujourd’hui, pourtant, il n’est pas rare que même de jeunes directeurs de ressources humaines ne soient pas non plus exemplaires sur ce plan là. Le “montré du doigt”, le bouffon, de nos jours, c’est davantage celui qui fait attention à ne pas faire de faute et qui écrit des textos ou des courriels dans un français correct.
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